Notre grand voyage

Ceci n’est pas une histoire triste.

C’est une histoire de départ qui a ouvert la porte à de nombreux ‘’Bonjour’’.

C’est un grand voyage qui a permis au plus petit de nous, Neil, de trouver l’amour et d’inscrire Canada sur ses lettres de Poste Canada.

Ceci est la décision de mes parents. (La meilleure)

Ceci est mon histoire.

L’histoire de notre immigration.

Je ne suis pas bonne dans les détails, mais j’aime bien les inventer. Je ne suis vraiment pas la championne non plus des dates, mais je sais à peu près ce qui s’est passé.

Tout a commencé quand mon papa a décidé de réaliser son rêve, celui de voyager. Il s’est lancé dans un voyage avec un aller sans retour. Sur son passeport est tamponné le mot Suisse, la destination où il posera ses valises pour une bonne dizaine d’années (mettons 9-10…).

Et c’est dans le beau pays des alpes qu’il y a rencontré la plus frisée, la plus drôle, la plus belle des femmes, ma maman.

Ils tombent en amour comme dans les grands films d’Hollywood.

Ils bâtissent à deux le plus grand des bâtiments, leur famille.

Il y a moi, il y a ma sœur, il y a une pause… Il y a mon frère et finalement il y a mon dernier petit frère.

C’est en mode nomade que ma belle famille parcourt les plus beaux coins de cette chère Suisse. Mes parents ont toujours et resteront toujours deux personnes qui s’abreuvent de défis et de nouvelles aventures, c’est ce que j’admire chez eux. Ils étaient donc les candidats parfaits pour cette grande aventure qui les attendait de l’autre côté de l’océan.

Celle de délaisser leur amour Européen pour venir fouler les bancs de neige bien blancs qu’offre notre grand Canada.

C’est le Canada lui-même qui appelait papa. Il avait oublié un petit détail, appeler maman.

C’était bien beau en vacances dans sa belle-famille, mais de là à y déménager forever and ever, c’était un non catégorique. Papa a été patient. Un an, il a attendu avant que maman ne flanche et accepte de faire ses valises pour le nouveau continent. Le cœur pas trop loin de la main, ils ont tout donné. Tout comme dans tout, leur meuble, leur voiture, tout ce qui ne rentrait pas dans les valises en gros (je n’en reviens toujours pas!) Ils nous ont habillé bien chaudement et on a dit aurevoir à notre famille, nos premiers amis d’école et les amis de papa et maman. Des aurevoirs dont je ne me souviens plus PANTOUTE (ça doit être bon signe).

Et là, je me mets dans la peau de maman. Elle vient de donner naissance à mon plus jeune frère, Neil son petit nom. Trois enfants, un bébé dans les bras, un mari plus que content et un nouveau continent droit devant, je me demande vraiment comment elle se sentait durant les huit heures de vol qui la déracinait davantage de tout ce qu’elle connaissait.

Papa avait prévu le coup. Et pas qu’un peu. Il avait contacté un ami d’enfance, Denis, pour savoir si lui et sa famille étaient intéressés à accueillir pas moins que les 6 membres de notre famille sous leur toit. Et l’offre a été ACCEPTÉE.

Cette famille, la famille Rozon nous a donné une grande et inestimable chance cette année-là. Je n’en reviens toujours pas de leur accueil. J’imagine bien mon ami Oli m’appeler et me demander s’il pouvait venir habiter chez moi avec ses quatre enfants en attendant de se trouver un travail, une maison, une nouvelle vie quoi. Je vous le dis, entre vous et moi, j’aurais de sérieux questionnements avant de dire oui (si je dis oui…).

(Ce n’est pas trop long comme texte tout ça?)

En arrivant au Canada, je ne me souviens pas que mes parents étaient en majeur changement de cap. Je n’ai jamais catché que ce n’était pas des vacances chez les Rozon, j’étais BIN MOÉ (déjà Canadienne). Eux, de leur bord, ils pédalaient fort pour décamper de chez leurs hôtes et leur donner une pause bien méritée. Ils cherchaient un toit, à la campagne avec les tabarrouetttttte de maringouins pour rappeler à maman les ‘’montagnes’’. Ils cherchaient du travail. Ils cherchaient une nouvelle épicerie où nourrir leur gang, ils cherchaient des amis, des repères. En gros, ils cherchaient pas mal fort. Et après trois mois de vacances chez les Rozon (vous ai-je dit merci?), nous nous sommes retrouvés à St-Béatrix dans la région de Lanaudière, au pays des moustiques. Nous étions enfin chez nous, home sweet home.

Je me souviens qu’à l’école, j’ai tout fait pour m’intégrer. J’ai travaillé très fort pour camoufler mon accent et devenir une vrrrrraie de vrrrraie (je roule mes ‘’R’’ comme grand-papa) québécoise. Je travaillais fort pour être pareil comme eux.

Je n’ai jamais remarqué tout le travail de mes deux parents. Tous les efforts qu’ils ont mis à nous construire une vie où tout pouvait être réalisable. Maman m’a raconté que des soirs, en manque d’argent, nous avons mangé des toasts au Nutella (c’est de là que vient mon grand et invincible amour pour cette tartinade). Ça m’a ouvert les yeux sur la réalité des gens qui arrivent dans un pays inconnu avec rien de plus qu’un Cv, quatre enfants, et leurs draps en guise de meuble (ça rentrait dans les valises les draps…).

Papa, maman, je n’ai pas assez de mots pour vous dire merci. Merci d’abord maman d’avoir dit oui un jour à ce bel inconnu avec un petit accent Montréalais. Merci ensuite d’avoir dit oui au Canada. Ce pays où j’ai rencontré mon homme, mon Suisse à moi. Moi, ma sœur et mes frères on va en avoir des bonnes histoires à raconter à nos enfants, notre histoire et la vôtre. Merci pour cette belle vie que vous avez construite à la sueur de votre front pour nous.

Ceci n’est pas une histoire triste. C’est surtout l’histoire de deux amoureux qui n’ont pas peur des défis. De les surmonter ensemble et de vraiment vivre cette vie qui ne dure qu’un instant.

C’est une histoire où quatre enfants ont bâti des vies dignes de leur forces. Et peu importe où nous poserons nos pieds, à Joliette, à Montréal ou dans le Bas-du-fleuve juste un peu plus loin, on sait qu’on a un tabarouette de bon modèle et t’en qu’on s’a tout va BIN aller.

4 commentaires

  1. C’est tellement beau Abi, ils ont posé un grand geste mais surtout pris une grande décision. Je remercie Le Seigneur pour leur courage et l’exemple qu’ils vous laisse malgré tous les qu’ils ont dû rencontrer. Nous en tous cas , nous sommes contents que vous êtes devenus Gaspésien! 😁😉

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