Tu n’es pas la dyslexie. Tu es la persévérance.

Durée de l’entrevue : 35 minutes


(Tout ce qui est souligné, c'est moi, le reste, c'est mon super premier cobaye. ) 

L'émission dont il est question (Un dîner à la ferme) sera diffusé en Suisse à l'automne 2018 et sur TV5, au Québec, à la même période. À vos écrans!

C’est en pyjama, après avoir couché ses trois enfants que j’ai finalement réussi à interviewer Miguel. Il ne savait pas trop à quoi s’attendre, moi non plus, mais je crois qu’on a fait ça comme des champions. Je vous présente donc le portrait de ce jeune homme de 29 ans et toutes ses dents.

Miguel Ellenberger

Ellenberger, ça ne sonne pas très québécois, d’où est-ce que tu viens ?

Mon père est Suisse et ma mère Gaspésienne. Ellenberger, c’est mon père évidemment, ma mère c’est une English. English ça sonne pas trop Gaspésien, plutôt anglophone. Pour moi, il y a en un qui a trafiqué avec les anglais pi après, il est parti du côté des francophones.

Mais moi, je suis natif de Joliette dans Lanaudière, un beau petit coin de pays.

Raconte-moi ton historique familiale, juste pour nous mettre en contexte, qu’est-ce que tes parents faisaient à Joliette ?

Mes grands-parents ont quitté la Suisse pour avoir une ferme plus grosse et pour que chaque enfant puisse travailler sur l’entreprise. Il y avait plus de possibilités au Canada. Plus de possibilités pour rêver et pour vivre ses rêves. Mon père a rencontré ma mère à Drummonville et ils sont tombés en amouuuurr (Ouhhh). Quand ils ont perdu la ferme à Drummonville, mes parents ont déménagé à Saint-Elisabeth parce qu’il y avait, là-bas, une opportunité pour décoller une ferme. C’est à cause de ça qu’on est arrivé à Joliette.

Donc, tu as vécu ton enfance dans la région de Lanaudière, c’est là que tu t’es fait des amis, que tu as connu ta première blonde. Selon mes sources (ha ha !), tu as rencontré certaines difficultés à l’école. Es-tu à l’aise d’en parler ?

Oui madame (un sourire en coin) …

Moi je suis un grand voyageur à l’intérieur, je suis un gars aventurier. Ce qui veut dire que j’avais besoin de découvrir beaucoup d’écoles pour voir ce qui se passait dans chacune d’elles. J’avais besoin de connaître le plus de monde possible. En changeant souvent d’école, c’était la solution parfaite pour connaître plein de personnes !!! Ça m’a ouvert beaucoup l’esprit envers les autres.

(Je tiens à spécifier que Mig est vraiment une grosse patate ! Il ne s’est pas fait changer d’école, années après années juste pour le fun. Chekez la suite...)

J’étais un cas unique, j’étais dyslexique. Il n’y en avait pas beaucoup des ‘’comme moi’’. Être un petit garçon dyslexique, ça s’appel DEVOIR avoir confiance en soi. Tu te promènes d’un établissement à l’autre et en redoublant, tu changes toujours d’amis. Ceux que tu avais en première année n’ont pas redoublé et avancent, eux… Pas toi.

J’ai été inscrit dans des classes spécialisées. Il ne s’agissait pas de classes adaptées à mon problème. J’étais différent de tout le monde, je m’en suis rendu compte assez rapidement. Quand on est populaire, être différent, c’est cool. Mais, quand on est dyslexique, donc looser, être différent, ça fait mal. Ça forme le caractère d’une personne. Tu veux prouver au monde que tu es capable d’arriver à quelque chose. Tu veux toujours tout prouver aux autres. Ça peut aller loin. Mais, j’ai été chanceux, j’étais bien entouré. D’autres, autour de moi, n’avaient pas cette chance. J’avais dans ma famille des entrepreneurs et ça m’a donné le goût de foncer.  J’ai vite penché sur ce côté-là. Si je n’avais pas eu ma famille, cette famille qui fonce toujours, je ne sais pas comment j’aurais viré. Là, je savais que je pouvais réussir en affaire, je les avais en modèle.

Ma force, c’est que j’ai appris à travailler jeune et à persévérer, ce qui veut dire que j’ai vite eu un objectif. Quand je voyais que je ne réussissais pas à l’école, même si je m’étais forcé, que le monde disait que je n’avais pas assez essayé, que je n’étais pas persévérant, moi je savais que j’avais tout donné. À 16 ans, j’étais encore en sixième année. À un moment donné, tu finis par te décourager. Le travail était mon échappatoire, là où je savais que j’étais bon. Sur la ferme, j’excellais. Même si personne ne reconnaissait ma dyslexie (parce que même si Miguel était diagnostiqué, aucune mesure n’a été prise pour l’aider dans son cheminement), je devais continuer, ne pas abandonner.

Puis, il y a eu la rencontre avec le directeur. Nous avons conclu d’arrêter l’école graduellement, pour que ça passe mieux et que la DPJ n’en fasse pas de cas. On devait trouver une solution pour m’aider, j’étais très triste, en dépression peut-être. Tout mon entourage avançait, mes amis devaient faire des choix quant à leur avenir, feraient-ils un DEP, s’inscriraient-ils au Cegep ? Ils voyaient leur avenir professionnel approcher. Et, il y avait moi, moi qui était encore en sixième année. Ouin… c’est vraiment rough. Surtout quand je voyais les opportunités qui m’étaient offertes ; des stages comme aide-mécanicien à passer les outils, faire le ménage ou comme commis d’épicerie pour placer le stock sur des tablettes. Je n’ai rien contre ces métiers, mais je rêvais de beaucoup plus.

J’ai rencontré le directeur avec mes parents et on a pris une entente, 2 jours d’école contre 3 jours de travail à la ferme. Je pouvais me ramasser de l’argent pour acheter mes premières vaches et préparer ma future entreprise.

Que dirait-tu à un jeune garçon atteint de dyslexie ?

Je dirais ; Allez dans ce qui vous passionne, soyez curieux, foncez. Il faut croire en soi, il y a toujours une solution, même si elle est longue à trouver. Soyez fiers de vos talents. Ce n’est pas l’école qui va vous empêcher de devenir une grande personne. C’est une situation que d’autres n’auront pas à vivre, mais plus tard, vous aurez un pas d’avance, parce que vous aurez déjà connu la défaite.

Un Suisse qui a vécu à Lanaudière, que fais-tu maintenant dans le Bas-St-Laurent ?

On a voulu poursuivre notre rêve d’agriculture, mes parents, ma femme et moi-même. On a vu une opportunité, on a foncé dedans. On est du monde fonceur et on ne voulait pas se demander qu’est-ce qu’il se serait passé si on ne l’aurait pas fait. Non, nous on l’a fait, on a déménagé de Lanaudière au Bas-St-Laurent. On ne voulait pas être dans le regret. Nous avons foncé pour pouvoir continuer de rêver encore plus à notre métier.

Comment est la vie en région VS la vie de ville ?

La vie en région c’est tranquille. Par rapport à mon métier, ça me permet de rêver. Les ruisseaux, les terres, les collines.

On apprend à vivre avec soi-même et non toujours à être dans le feu de l’action. Dans l’ambiance de la ville, ça n’arrête jamais. Nous n’avons pas le temps de nous arrêter à réfléchir et à vivre. C’est à proximité de tout, les restos, les spectacles, les centres d’achats, ça tourne toujours. Ici, c’est le plein-air. Nous n’avons pas la pression de la consommation et de la nouveauté. Je prends le temps de regarder les étoiles, je prends le temps de vivre.

Tu es un entrepreneur agricole, un mari et un papa en même temps. Quel est ton secret pour rendre tout le monde heureux ?

J’essaie d’apprendre à bien dealer avec toutE (dis le nouveau Gaspésien). J’ai la chance d’avoir une merveilleuse femme qui s’occupe bien de mes enfants et de moi (10 points pour toi mon Mig). Quand je rentre du travail, je prends du temps de qualité avec eux. Je veux, le plus possible, intégrer ma vie familiale au travail et être capable d’arrêter mon travail pour leur consacrer du temps. Mes enfants peuvent venir en traceur avec moi. Je prends mes soirées et mes dimanches pour eux. (Oups, l’interview s’arrête. Il fait une pause pour aller recoucher ses 3 enfants haha !)

Et travailler avec ses parents, c’est comment ?

C’est une expérience unique ! C’est une chance. Une chance de côtoyer ses parents plus souvent et plus longtemps que la normale (hahahah !!! elle est bonne).

Mon père me laisse de la place dans l’entreprise et c’est un point très important et tout autant apprécié pour moi. Nous avons la même vision et nous sommes sur la même longueur d’onde quant à l’entreprise. C’est facile de mettre de l’eau dans ton vin quand c’est la famille. Ça dilue le problème et ça devient moins corsé. Entre le travail, durant nos soupers, c’est sûr que c’est difficile de ne pas parler de notre passion. En fait, c’est impossible, nous aimons trop ça. On mélange facilement travail et famille, mais on fait bien ça, on le fait dans le respect.

L’agriculture au Québec, ça te dit quoi ?

De la marde ! HAHA !!! C’est une BLAGUE.

On a de grandes possibilités avec une petite vision de l’agriculture. C’est-à-dire qu’au Québec, nous avons de belles ressources, de l’eau, de belles terres, un beau climat, le Québec a du potentiel. Mais, le gouvernement et la société ne nous voient pas. Ils oublient que derrière le steak du Métro, il y a moi, mon père et tous les agriculteurs du Québec qui travaillent comme des fous. Nous manquons de tout sur le point économique et c’est très dur. Le gouvernement a un manque de vision. On pourrait faire tellement plus pour notre province. L’agriculture c’est plus qu’important, c’est essentiel, et nous, les agriculteurs, on a besoin de plus d’aide.

Tu vas souffler tes 30iemes bougies cette année ! Es-tu fier de tout tes accomplissements, de ton histoire ?

Oui, oui.

Je suis fier d’avoir eu mon entreprise de travaux à forfait agricoles. Je l’ai eu durant 7 ans et elle roulait en malade. Gérer des employés seul, des clients, ça m’a donné ma fierté. Ça m’a donné une grande confiance en moi. Après ma défaite à l’école, je voulais me prouver que j’étais capable, que je pouvais réussir à ma façon. J’ai réussi ! Réussi à monter une belle entreprise avec une belle grosse banque de clients. J’ai pu m’acheter un bloc appartement. J’ai vu mes forces et mes faiblesses et aujourd’hui, je sais sur quoi travailler.

Je suis très fier de mes accomplissements. Fier de ma famille (il était temps qu’il le dise !!). Je suis content d’être marié, d’avoir un beau mariage, une merveilleuse femme, ma partenaire de vie (ha, là c’est mieux). Je suis fier des enfants qu’on a fabriqués, concocté. Je suis heureux de ma famille, de ma belle ferme avec pleins de beaux défis qui nous attendent.

Tu as participé à l’émission Dîner à la ferme, kessé ça ?

C’est une émission de télé culinaire. Dans les talents que j’ai, je cuisine (jamais vu ça moi !!) Ce sont mes talents secrets que je n’aime pas montrer à tout le monde, même à ma femme, j’aime garder des surprises.

J’ai vraiment aimé découvrir le monde de la télé. Je ne connaissais pas ce qu’était un monteur de son. J’ai découvert le métier d’un réalisateur, pas facile facile. J’ai aimé être dans l’ambiance d’un tournage. Je ne croyais pas que c’était aussi compliqué. Moi, je reprenais mes petites scènes 5-6 fois, je n’imagine pas un film, ouf que ce doit être long à filmer.

J’ai appris connaître des personnes magnifiques. Les autres participants faisaient le même métier que moi, mais dans des domaines différents avec des méthodes différentes, des âges différents et des défis différents. C’était très intéressant.

Côté culinaire, j’ai pu me faire aller les papilles gustatives !! J’ai tripé.

J’ai aimé parcourir le Québec et l’Ontario à la découverte de nouveaux paysages. Je vous l’avais bien dit que j’étais un grand voyageur 😊.

Vas-tu gagner ?

Je pense que j’ai simplement participer. On dirait que c’est derrière moi. Je voulais me lancer ce défi et participer à l’émission. J’ai donné tout ce que j’étais capable d’offrir. C’était une belle activité avec ma femme, ma mère et mon père.

Je voulais aussi montrer qui étaient les producteurs du Québec à la tivi.

CHEK !

Finalement, si tu avais le droit à un vœux magiiiqueee, que ferais-tu ?

Je, je, je, je, je (il pense)….

J’aimerais aller à l’université. Avoir un BAC. En agronomie, en gestion. Ou ingénieur.

 

 

Merci Mig pour ce premier beau portrait. Je suis vraiment, vraiment fier de toi.

 

 

 

 

via Monsieur, Madame tout le monde

4 commentaires

  1. Félicitations Abi pour cet interview! Tout un gentleman, que t’as pogné là!
    Il aurait pu devenir professeur! Je suis certaine qu’il doit connaître très bien la matière de ses années scolaires répétées et qu’il aurait pu l’ enseigner. Ce sont des enseignants de ce genre qu’il nous manque dans nos écoles. Des gens qui sont capable de se fixer des buts, qui sont vaillants, persévérants, qui ne se laisse pas écraser par les épreuves et qui n’ont pas peur de foncer. Ça, ça nous enseigne! Continue Mig !!!

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  2. J’apprécie de mieux connaitre Miguel, Abi.Le meilleur apprentissage,c’est la vie pour moi. On y évolue de jours en jours, on y aquiert une sagesse en vieillissant, on améliore constamment la personne que l’on est avec le total de nos expériences vécues faciles ou difficiles. Bref, je pense qu’on devient une meilleur personne avec l’école de la Vie. Je suis chanceuse que le Bon Dieu m’ait tricoté une Belle Nièce avec une belle sensibilité comme la tienne. Bisous a toute ta famille. Bravo Grand MIguel.

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