«C’est trop drôle Abi, prends une photo!»
Je me retourne et qu’est-ce que je vois? Premièrement, je vois ma fille avec ce verre de terre qui se tortille dans sa bouche. Deuxièmement, je vois mon Miguel qui est tout fier et qui ne veut pas le lui enlever pour capturer le moment. Ce que je fais? Je crie!!!!
Honnêtement, ça m’a levé le coeur. OUACH! ma fille bouffe une bibitte dégueulasse et semble avoir un malin plaisir à faire rouler l’insecte dans sa bouche. J’ai demandé en toute urgence à son super papa d’arracher ça de la bouche de ma poulette. Bon,bon, bon il l’enlève plutôt pour mieux lui redonner. Parce que, bien entendu, le verre de terre n’était pas assez visible pour la photo. Tabarouette Mig!!!!!!
C’est là que j’ai compris que des fois, je dois les laisser faire.
Quand Zack s’arme d’un bâton pour aller faire la guerre à un petit homme d’au moins 4 ans son aîné et qu’il est sûr qu’il va gagner, je dois le laisser faire. Il se fait solidement battre, mais je vois dans ses yeux que ce n’est que partie remise. J’ai envie de le chicaner et de lui dire d’arrêter de se battre, mais c’est un petit garçon et il doit vivre ses expériences.
C’est fou une maman, un papa. On aimerait dire à nos enfants ce qui va leur faire mal, ce qui est bon pour eux. On veut qu’ils suivent nos conseils et qu’ils écoutent notre histoire pour ne pas répéter nos erreurs. Mais, on doit les laisser faire.
Moi-même, Abi l’obstinée, j’avais décidé de scraper mon Cegep. Pour moi, ce n’était pas une priorité d’aller à mes cours et de mettre des efforts dans mes études. Je voulais avoir du fun. Je ne voulais pas de responsabilités, je voulais ma liberté. Je sais que mes parents ont souvent et en vain, essayé de me résonner. Mon papa avait fait un peu le même chemin et ne voulait pas que je marche dans ses traces. Mais, quand j’ai une idée dans la tête, ce n’est pas facile de m’en dissuader. Je suis légèrement boquée… J’avais décidé de procrastiner et j’allais procrastiner. Résultat…des notes épouvantables, et une exclusion du Cegep pour une session. Je vous dis que j’ai eu l’air assez folle merci. Je n’étais plus hot dutout. Soudainement, ça m’a sauté dans le visage, je me trouvais vraiment ridicule. Je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas voulu écouter. Écouter ceux qui voulaient m’aider.
Je me rends compte que nous sommes tous un peu comme ça. L’histoire des autres, leurs conseils, on ne veut pas vraiment les entendre. C’est bin beau leurs commentaires, mais qu’ils se mêlent de leurs affaires…
«Maman, si je veux me battre avec un gars plus grand que moi, laisse-moi faire!»
«Abi, si je veux prendre une photo d’Anaïs avec un verre de terre dans la bouche, laisse-moi faire!»
«Si je veux échouer mes études, laissez-moi faire!»
Est-ce que c’est logique? Jusqu’où est-ce que qu’on doit aller pour ne pas entendre les autres. Pourquoi on ne veut pas écouter le témoignage de nos aînés? Ils en ont beaucoup à nous apprendre.
J’aimerais tellement comprendre plus, écouter plus. J’aimerais que quelqu’un me brasse et dise: «Abi, écoute. Ne fais pas ça» Et que lorsqu’on me parle, je ne sois pas fermée et obstinée, mais que mes oreilles entendent et que mon cœur approuve. J’aimerais que Zack écoute sa maman et que Miguel écoute sa femme (je peux toujours rêver). Mais, non, la réalité c’est aussi qu’on doit vivre nos expériences. Qu’apprendre de la bouche d’un autre n’est jamais aussi efficace que lorsqu’on se fait réellement mettre dehors d’une institution scolaire. En tant que maman, je dois vivre avec le fait que mes enfants feront des erreurs. Que je ne pourrai pas les empêcher d’écrire leur histoire. Mais, que je serai toujours là pour rattraper le coup, toujours là pour nettoyer la bouche de ma fille, toujours au poste pour faire un bisou au bobo de Zack et pour Miguel… c’est déjà peine perdue hihi!