Être ta femme.
Je me souviens trop bien que lorsqu’on se fréquentait pour de vrai tu magasinais une Audi. Tu avais un loft sur la coche, dont je m’ennuie encore solidement. Tu venais d’acheter un bloc appartement. Tu avais des vaches, ça sonnait vraiment cute. Et, tu ne te gênais pas sur nos factures de resto. Je me disais que j’avais gagné le gros-lot!
Tout comme…
Les mois qui suivirent, on a acheté une toyota écho (câline!), tu travaillais comme un malade pour rénover ton bloc appartement. On a quand même continué à aller dans de bons resto, ça, ça ne se discutait pas. Mais, surtout tu te donnais corps et âme sur la ferme, avec tes vaches »cutes », que je ne trouvais plus si cutes.
Moi qui te trouvais bin sexy avec ta chienne. (Quand je dis chienne, j’utilise le mot agricole pour définir le vêtement qu’il portait. Je ne parle pas du tout des chiens. Je ne tripe tellement pas sur cet animal à quatre pattes qui veut toujours être flatté et qui pu en titi (désolée Popy)). Bref, Je me suis vite rendue compte que tu la mettais pas mal souvent cette chienne. Du lundi au dimanche, sans arrêt, toujours.
Même les fins de semaine. Même les jours fériés. Même à ma fête. Même à Noël.
Ha bin câline, je ne l’avais pas vu venir celle-là.
Je fais un giga face-à-face avec le monde de l’agriculture. Ce monde que je ne connaissais pas et pour lequel, bien honnêtement, je n’avais aucun intérêt. Vraiment aucun. Sauf, bien-sûr, le jour où j’ai su que tu étais farmer.
Après, j’ai vite compris que ce monde deviendrait aussi le mien. Je devais capituler et accepter que mon mari ne serait pas toujours là quand j’aurai besoin de lui. La première année de cette dure réalité, je ne l’ai pas trouvé drôle. J’ai même trouvé un chat errant que j’ai adopté pour avoir de la compagnie. Moi qui déteste les chats, je me suis surprise à aimer Mia. Elle était bin belle, mais pas trop intéressante à jaser.
Je me suis sérieusement demandé comment je ferai pour avoir des enfants avec un homme si absent mais, que j’aimais tant.
Miguel m’a appris à apprécier le sol sur lequel on pose les pieds. Grâce à son métier, à ce travail qui me le volait jour et soir, j’ai découvert un mode de vie épatant. J’ai compris d’où venait la nourriture que je mangeais. J’ai appris à ne plus gaspiller et déguster les produits qu’il y avait sur ma table. J’ai saisi le stress que vivent les agricultures quand leurs factures s’entassent dans la boîte aux lettres. J’ai aussi compris le mot persévérance comme jamais. Tous nos agriculteurs sont la représentation même de ce mot. À vous tous, je lève bien haut mon chapeau. Merci de travailler si fort pour une société qui ne vous comprend pas et qui ne vous connaît pas plus. Vous êtes une force pour notre province et vous êtes trop souvent oubliés.
Grâce à mon mari, à notre première année de mariage difficile où nous avons dû faire des compromis pour mieux se comprendre, j’ai solidement »grandi ».
Je dois souvent compter sur mes propres forces pour certains domaines familiales. J’ai dû l’accepter. J’avais vraiment peur que Mig ne soit pas présent dans notre vie de famille. J’ai eu tort. Chaque matin, il me »start » un beau feu. Il sort travailler et passe 3-4 fois devant le maison en étirant la tête pour regarder ce qu’il se passe dans la cabane. Il rentre dîner et est accueilli en grande pompe par nos trois richesses et moi-même. Zack peut sortir à n’importe quel moment de la journée pour rejoindre son papa en tracteur et rêve à haute voix de le conduire. Leur grand-papa, qui travaille aussi à la ferme, est très présent dans leur vie grâce aux va-et-vient de leur activités.
C’est une vie que je ne soupçonnais pas. Que je ne connaissais pas. Mais, qui m’apporte tellement. J’apprécie plus les moments passés en famille et je me réjouis même des naissances des veaux. Je m’impressionne moi-même.
Mig, avec ta chienne que je trouvais dont cute. Aujourd’hui avec cette même chienne qui sent la marde, je te remercie. Pas de m’avoir conduis dans une écho durant au moins 4 ans ( j’aurais quand même préféré l’Audi… ). Non, merci de m’avoir appris à aimer la vie, la vie qui pousse tout autour de nous.

Chaque fois je me régale en lisant t’es textes. Tu as un don certain pour l’écriture et tu me fais découvrir cette magnifique vie de Farmer québécoise. Et je découvre aussi la famille de mon cousin ton beau père. Merci
Francine
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Merci beaucoup. C’est vraiment bien de voir que des gens de notre belle Suisse lisent mes textes. Surtout quand c’est de la famille. Merci pour votre beau message, ça me fait très plaisir 🙂 Au plaisir d’écrire d’autres articles.
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